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U2

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Je passe souvent le dimanche après-midi, ce moment spécial où "l'homme sent la mort" selon Frédéric Dard, à chevaucher ma bicyclette pour une longue balade sauvage à travers la ville. C'est l'occasion jouissive de se sentir comme un indien sur son cheval à travers ce qui ne serait plus que les vestiges vides et soudain calmes d'une civilisation (sic) désormais éteinte. Je ponctue généralement cette virée par des pauses sur les quelques places où des bouquinistes ont dressé leurs tréteaux. 

Hier, en fouillant un étalage de livres de poche, je saisis un bouquin dont le titre me fit sourire. Parce que ce titre, ainsi que le nom de son auteur, tout le monde les a entendus cités des centaines de fois:

Une nuit que j'étais à me morfondre

Dans quelque pub anglais du coeur de Londres

Parcourant L'amour monstre de Pauwels

me vint une vision dans l'eau de Seltz

En rentrant, je l'ai lu. 

Je n'irai pas par quatre chemins: chef-d'oeuvre. 

Un livre extraordinaire, au sens étymologique du mot. Une immersion au coeur des pulsions les plus profondes de l'âme humaine, couchées sur le papier par un écrivain qui, visiblement, possède la connaissance nécessaire à ce genre d'entreprise. Cette connaissance, quelle est-elle ? Elle est d'une tout autre nature que le déploiement commun de poncifs, de données factuelles de surface et autres traits psychologiques généralistes qui font le compte en banque de beaucoup d'imposteurs de l'édition. Des écrivains ? Sûrement pas. Publicistes serait plus approprié. Je repense à cette remarque d'Emil Cioran: "On ne devrait écrire que ce que l'on n'a pas le courage de dire". 

Pour ce qui est de la langue et du style, ce livre est ici aussi un modèle du genre, parce qu'il sonne vrai de bout en bout. Ce qui est remarquable, dans la mesure où l'écriture est mouvante, adaptée -mais naturellement- selon les besoins du récit et le particularisme de tel ou tel personnage.

Une oeuvre déroutante, qui mettra mal à l'aise quiconque à des comptes à régler avec le bien, le mal, le sexe, la religion... C'est à dire, en gros, à peu près tout un chacun avec soi-même. Mais un livre qui ne vous ébranle pas mérite-t-il d'être lu ?

J'imagine la tête que doivent faire certains devant leur miroir lorsqu'ils pensent à ce qu'ils écrivent alors qu'il existe des livres de ce calibre...

Et pizzaiolo, ça ne vous a jamais tenté ?

Par ralphgull - Publié dans : Livres
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